Sommes-nous vraiment encore en harmonie avec le monde qui nous entoure?

Un «vieux dicton chinois» (cette phrase est souvent utilisée dès qu’un auteur ne connaît pas l’origine d’une citation) nous dit que «Notre vie est si compliquée parce que nous utilisons tant de petits outils qui servent à la rendre plus simple.».

Aujourd’hui, nous vivons dans un monde dans lequel nos contemporains utilisent un nombre tellement important de «petits outils» qu’il devient aisé de penser qu’ils cherchent en fait à complexifier leur existence.
Nous nous plaignons du fait que la vie privée disparaît, mais nous parlons au téléphone en public en tenant celui-ci devant la bouche, le haut parleur mis à fond. Qui donc n’a pas encore été témoin d’une conversation, un petit sourire en coin sur les lèvres, le pouffement de rire devenant difficile à maîtriser?
Nous n’allons plus à un concert pour le voir, l’entendre, le vivre, mais pour le filmer. Les spectateurs qui se trouvent un peu en retrait par rapport à la scène pourront la voir une petite centaine de fois: une fois en grand et 99 fois en tout petit.

Ce monde serait-il devenu bizarre?

«Vanitas vanitatum et omnia vanitas» dit-on dans la Bible, «vanité des vanités, tout n’est que vanité». Il n’y a que quelques décennies, la vanité était encore considérée comme un péché. Aujourd’hui, notre société n’est plus faite que de nombrilisme: selfies, réseaux sociaux, photographies de ses repas, se vanter on-line d’avoir gagné à un jeu sur son smartphone, mais aussi payer beaucoup plus cher un vêtement pour avoir le plaisir de faire de la publicité gratuite de la marque – pardon, «griffe» – de celui-ci ou le fait de volontairement se donner un look ridicule sous prétexte que c’est à la mode.

Ce monde serait-il devenu saugrenu?

Si nous utilisons encore aujourd’hui un grand nombre de gadgets, il en est un qui possède décidément le don d’ubiquité: le smartphone. C’est le canif de l’armée suisse des gadgets, celui qui peut absolument tout faire, sauf le café. Si l’on considère chaque application comme un «outil» séparé, le smartphone compte souvent pour plusieurs dizaines.
Je suis un usager de la STIB et il n’est pas rare que, dans un tram, le métro ou même un bus, 90% des passagers soient occupés sur leur smartphone. Facebook, musique, livres audio ou électroniques, Whatsapp, Messenger, YouTube, jeux divers et variés, parfois Netflix nous rendent tous l’attente moins longue et nous permettent de rester en contact immédiat avec notre «réseau social».

Ce monde serait-il devenu virtuel?

Nous ne vivons plus dans l’instant présent, mais subissons (souvent volontairement) les intrusions constantes d’impulsions, de rappels, d’interruptions ou d’alertes sonores, visuelles et vibrantes. Et nous nous pensons obligés de vérifier immédiatement, de peur de rater une information importante. Pourtant, la forte majorité de ces «messages» se composent de publicités (cachées ou non), de bêtises tendant vers l’humour et de messages dont on aurait bien pu prendre connaissance plus tard, sans que cela ne soit un problème. Mais, ne vivant plus dans l’instant, vivons-nous encore notre propre vie ou une vie de plus en plus imposée par la technologie qui est censée nous la rendre plus facile? Et la question corollaire serait: «Sommes-nous obligés de faire tout ce que la technologie nous permet?»

Ce monde serait-il devenu hors de contrôle?

L’un des effets secondaires de cette manière de nous enchaîner à un mode connecté est qu’il devient de plus en plus difficile de faire la différence entre notre mode «travail» et notre mode «vie privée ou loisir». Il est trop tentant de lire ses messages professionnels chez soi, voire même pendant ses vacances. Il est facile de continuer à travailler chez soi sur son PC portable, tout en regardant la TV. Et puisqu’on n’a pas eu le temps de décrocher, de se libérer l’esprit des problèmes du boulot, on s’endort avec ces mêmes problèmes en tête.
Et ce comportement est devenu tellement commun que ceux qui décident de ne plus le suivre sont vite considérés comme des parias au travail.
Ainsi, il devient de plus en plus difficile de se poser, de penser, de réfléchir à son aise: plutôt que d’agir, nous nous limitons de plus en plus souvent à réagir.
Le résultat de ce nouveau mode de vie? Un nombre croissant de gens qui décrochent, qui n’en peuvent plus. Le fameux concept de «burn out» vient à l’esprit.
Se pourrait-il qu’il y ait une relation?

Ce monde serait-il devenu toxique?

Mais nous subissons encore d’autres effets secondaires de ce monde hyper-connecté. Qui ne s’est pas encore senti agressé, ne soit-ce qu’un tout petit peu, par la musique que notre voisin de métro nous force à entendre? Qui ne s’est pas encore demandé pourquoi les gens ne mettent pas leur jeu ou application de messagerie instantanée en «silencieux» lorsqu’ils sont en public? Quiconque aura passé 10 heures dans un bus avec un grand utilisateur de «messenger» sera devenu allergique au son indiquant qu’une réponse vient d’arriver. Toutes ces micro-frustrations et agressions en provenance des autres gens «connectés» s’accumulent et forment à la longue une base de stress constant. Si, chez les uns, il s’agira d’un très léger niveau de stress, chez d’autres, il en vient à leur donner des envies de meurtre.

Ce monde serait-il devenu très énervant?

Bien sûr, ce monde n’est que ce que nous en faisons. Mais tout de même…

Peu ou prou, ces stimuli constants influencent bel et bien notre psychisme.

Selon J. Sutter, la santé mentale se définit par «[l']aptitude du psychisme à fonctionner de façon harmonieuse, agréable, efficace et à faire face avec souplesse aux situations difficiles en étant capable de retrouver son équilibre.»
Dans un journal traitant du sujet de la santé mentale, nous nous devons de parler de tout ce qui a attrait à celle-ci, tout ce qui a une relation avec le bien-être psychique, émotionnel et cognitif, ainsi qu’aux troubles mentaux proprement dit.
Parler du stress provenant de notre civilisation hyper-connectée nous paraît donc aussi important que de parler de la problématique du logement, de l’art en tant que moyen thérapeutique, des institutions, des événements, etc.

Mais au moins autant que d’en parler, nous souhaitons avoir des retours, les avis de nos lecteurs.
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René Bartholemy pour le Comité de Rédaction