«On façonne l’argile pour faire des vases, mais c’est du vide interne que dépend son usage.» (Lao Tseu)

Le Centre d’Activités Thérapeutiques de la Clinique Fond’Roy (Epsylon asbl) est un lieu aux pratiques plurielles: l’ergothérapie, la peinture, le théâtre, la musique, le sport, l’art culinaire, l’écriture, la littérature, l’image… Nous tentons de créer des liens entre les ateliers, ce qui augmente les possibilités des patients.

Le CAT est parti prenant d’une collaboration permanente avec les services de la clinique: nous participons aux réunions des staffs cliniques et aux supervisions, nous organisons des activités avec les psychologues, avec les éducateurs à partir de l’idée du projet des unités.

Mais nous travaillons également en extra-muros: Avec L’ASBL «la Trace» pour l’escalade et les randonnées, avec la Monnaie pour les sorties. Et en fin de parcours, nous continuons à suivre les patients après leur hospitalisation dans le cadre des postcures.
Le CAT est donc à la fois une sorte de résidence artistique au sein de l’institution et tournée vers la culture, un creuset d’un usage du sport et du mouvement tourné du côté «se sentir vivre».
Mais, surtout, nous voyons le CAT comme espace d’élaboration et de réflexion clinique.

La pièce centrale du CAT, l'atelier polyvalent

Le CAT comme vase

Comme le disait un collègue: «Avec l’argile, le potier saisit d’abord et saisit toujours l’insaisissable. Il crée une forme autour d’une béance et ainsi fait exister le vide à l’intérieur du vase. C’est le vide du vase qui est premier.
Prenons le vase comme métaphore du vide et du plein pour réfléchir notre orientation clinique. Il est essentiel que l’institution offre la possibilité au sujet de produire une alternative à ce qui le ravage.»
Et ainsi, d’une part, le CAT, dans l’institution, se doit d’être l’espace dans lequel cette alternative peut prendre place, ce vase de Lao Tseu. Cet espace est obligé de limiter sa visée thérapeutique à la fonction de limiter, de border la jouissance sans répondre à la place du patient.
D’autre part, l’intervenant doit être vigilant face à la problématique du transfert.
Ainsi nous vous proposons le CAT comme vase, comme contour du vase autour d’une béance. Nous nous occupons de l’argile du vase, à l’intérieur il faut le vide pour que le patient puisse y venir.

Alors? Comment fonctionne le CAT?

Une réalisation en groupe du CAT

Nous proposons un panel d'activités important et varié, dans le but de donner un maximum de chance de «croiser le désir» de chaque personne. Partir du «désir» nous semble fondamental et implique d'emblée que nous ne travaillons pas sur base d’obligation: la participation doit rester volontaire.
Alors, beaucoup de choses se passent au « CAT », mais comment et par quoi commencer ?
Il s’agit d’accompagner les patients, de marcher à côté d'eux, d’être disponibles, de les écouter. Évidemment «accompagner un patient» n’est pas spécifique au CAT, mais chez nous, cet accompagnement se déroule au travers des nombreuses activités que nous proposons. Nous tentons d’offrir «un espace potentiel de créativité d’où puissent émerger des représentations et des étayages dans leur univers psychique». Et ce chemin que nous allons parcourir à côté des patients, nous décidons de l’exposer en trois temps :

L'accueil

C’est un premier moment partagé avec une personne dont on ne connaît rien ou pas grand-chose, au détour d’un couloir, dans le jardin ou dans l’unité même, autour de la présentation des différents ateliers et de l’explication du fonctionnement du CAT. Certains nous diront: “Je suis là pour me reposer”, “les bricolages ce n’est pas mon truc”; d’autres au contraire nous disent “Je suis soulagé qu’il y ait des activités”, “Je vais pouvoir refaire des choses que je n’ai pas faites depuis longtemps”. Pour certains sujets qui semblent plus éteints, il n’y a pas de réaction.
Ce premier temps de rencontre nous indique quelle position tenir: le patient est motivé et nous le rencontrerons prochainement dans les ateliers, ou bien il semble moins intéressé. Nous l’inviterons donc de façon régulière en le rencontrant de façon plus informelle. Les patients plus “démunis” nécessiteront un accompagnement plus soutenu et structuré, l’objectif étant alors d’essayer de susciter le désir, d’injecter quelque chose du côté de la vie.

La rencontre dans les ateliers

Une réalisation en groupe du CATL’accompagnement du patient se poursuit généralement dans les ateliers du CAT.
Le cadre de chaque atelier est réfléchi tout comme la proposition des différents médias. Bien sûr, chaque atelier ne convient pas à toutes les personnes. D’où l’importance d’un véritable travail de collaboration avec les unités de soins pour savoir où en est le patient et de ce fait, ne pas mettre la personne en difficulté en lui proposant un atelier où il lui sera impossible d’en respecter le cadre.
Pour illustrer notre propos, nous allons tenter de vous décrire l'«atelier central» du CAT, l'atelier polyvalent. Polyvalent, car il regroupe une bonne partie des techniques et des médias proposés dans les autres ateliers. Central, car il nous sert de boussole. Il est souvent le premier lieu investi en dehors de l'unité et il présente peu de contraintes: nous voyons comment la personne se débrouille dans son rapport aux autres, avec les consignes, par quoi elle est intéressée, quelles sont ses envies, etc. Nous pouvons ainsi, mieux l'orienter vers d'autres ateliers spécifiques où elle pourra découvrir des techniques plus en profondeur. Notons également que les intervenants ne sont pas fixes, contrairement à la grande majorité des autres ateliers, et que tous les intervenants l'animent régulièrement. La continuité se fait donc via le cadre général, qui constitue les bords du vase d'une certaine manière: un cadre identique évidemment pour tout le monde, mais avec un style propre à chacun, ce qui donne une ambiance différente d'une fois à l'autre et donc un vide, un contenu différent également.
Concrètement ça donne quoi? Il faut essayer d'imaginer. Un patient un peu «haut» qui «clash» de la peinture sur sa feuille et un peu sur la table, un autre qui travaille sa terre en la «tapant» au sol, une partie d'échecs entre deux personnes concentrées, des échanges sur l'actualité dans le coin lecture, une partie de scrabble endiablée qui contraste avec le calme des personnes qui dessinent, ...
Tout ceci peut paraître «fou», mais ça fonctionne et souvent très bien! Nous ne leur demandons rien, ils font leur «vase» comme ils le veulent, avec la technique et le matériau qu'ils veulent, il servira à ce qu'ils veulent. Mais nous sommes présents pour aider s’il le faut.

Le temps de «la séparation»

Ce temps se définit comme le moment où la personne a moins besoin de notre soutien et de notre encadrement. Cette séparation ne se fait pas obligatoirement à la fin de l’hospitalisation. Il arrive parfois que des patients qui ont fort investi les activités du CAT pendant toute une partie de leur séjour participent de façon plus sporadique ou plus du tout, car ils se tournent spontanément vers l’extérieur en préparant leur sortie. Pour eux, l’accompagnement se termine et le travail effectué au sein du CAT va prendre fin de façon naturelle.

Pour d’autres patients en revanche, la transition n’est pas si simple à opérer, le lien avec le CAT ou l’institution elle-même est fort et ne peut être interrompu de façon brutale. Il nous arrive donc de proposer une «postcure» afin de continuer le travail et fournir ainsi une alternative de prise en charge à moyen terme.

Voilà donc une description obligatoirement succincte de notre travail au Centre d’Activités Thérapeutiques. Description forcément incomplète tant les différentes rencontres en ateliers ou à d’autres moments plus informels sont variées et riches en anecdotes.

René Bartholemy pour l’équipe du CAT (élaboré à partir d'une présentation du service)